À
la grande surprise d'à peu près tout
le monde, les syndicats se sont mobilisés contre
le gouvernement. Ça n'était pas arrivé
depuis des lustres mais les syndicats ont plus eu
l'air d'un mouvement social combatif cet automne que
d'un lobby ou d'une compagnie d'assurance.
Un
début tout en douceur
Il
faut se rappeler que la bataille syndicale contre
Charest avait commencé très mollo. Le
21 octobre, le Réseau de vigilance, une nouvelle
coalition dont on entendra à peu près
plus parler par la suite, lance le bal avec un rassemblement
pour "Sonner l'alarme" lors de l'ouverture
de la session parlementaire. Fait nouveau, tous les
syndicats, sauf la FTQ, se sont mobilisés en
grand nombre. 1500 personnes, dont une majorité
de syndiquéEs, participent à la première
d'une longue série de manifs devant le parlement.
Dans
les semaines qui suivent, chaque grand syndicat vient
faire son tour sur la colline parlementaire pour enregistrer
son opposition à la réingénierie.
La palme du ridicule ira sans doute au Syndicat canadien
de la fonction publique (SCFP) qui organisera le 27
octobre une manifestation pan-canadienne contre Charest
en faisant défiler 2000 militantEs réuniEs
en congrès à Québec. Tenue sur
l'heure du midi à l'occasion de diverses réunions
syndicales, les manifestations impressionnent peu
puisqu'elles regroupent essentiellement des délégués
syndicaux. Elles deviennent rapidement si coutumières,
il y en a en moyenne deux par semaines, que la SQ
ne prend même plus la peine d'enlever les clôtures
de métal entourant le Parlement
Le
gouvernement, qui cherchait visiblement à diviser
le mouvement et empêcher la construction d'un
front commun avec ses projets de loi sur la fusion/destruction
des syndicats de la santé, aura créé
le contraire de ce qu'il voulait. Loin de nuire à
la mobilisation, la mise en concurrence des organisations
syndicales aura plutôt menée à
une surenchère d'actions de plus en plus radicales.
La seule organisation syndicale à prendre au
sérieux les menaces du gouvernement semble
avoir été la CSN. Ce fut également
la seule à se doter d'un réel plan d'action,
ce qui eut pour effet de donner le ton au reste du
mouvement. C'est tout de même curieux quand
on pense qu'au niveau national, l'action syndicale
a souvent ressemblé autant à "tous
contre la CSN" que "tous contre Charest".
Cette phobie de la CSN tient essentiellement au fait
qu'elle est, et de loin, la plus grande centrale du
secteur public québécois, la plupart
des autres organisations étant soit des splits
de la CSN, (SFPQ, SPGQ, SEMB-SAQ) soit des concurrents
qui se sont essentiellement bâtis sur le refus
de son mo-dèle syndical. Les temps forts de
mobilisation ont pourtant tous eu un lien avec les
dates proposées par la CSN des semaines voir
des mois à l'avance.
Ainsi,
la première grosse manifestation syndicale
à se tenir sur la colline parlementaire a été
organisée à moins d'une semaine d'avis
par une direction de la FTQ en train de se faire damner
le pion par la CSN et poussée par sa base en
santé qui voulait de l'action. 7 000 personnes
de tous les syndicats, sauf la CSN, manifesteront
donc à Québec le 26 novembre. Le 29
novembre, ce sont 30 000 syndiquéEs CSN (12%
du membership de la centrale!) qui manifestent à
Québec aux côtés d'autres groupes
sociaux mais à peu près fin seul comme
syndicat. C'est lors de cette démonstration
de force que Claudette Carbonneau annonce publiquement
la tenue d'une journée nationale de perturbation
des lieux de travail, le 11 décembre. La semaine
suivante démarre sur des chapeaux de roue avec
le saccage, lundi le 1er décembre, des bureaux
du président de l'Assemblée nationale
et l'annulation d'une conférence de presse
du ministre de la Santé à l'Hôpital
Sainte-Justine pour cause de syndiqués en colère.
Comme si on n'avait pas assez des journalistes et
des politiciens pour venir nous dire à quel
point les syndicats sont méchants, la CSN prend
la peine d'écrire elle aussi un communiqué
pour dénoncer la supposée " violence
" de la FTQ. Néanmoins, toute la semaine,
la FTQ mobilise ses membres du réseau de la
santé dans une série d'assemblées
publiques et d'actions directes. À partir de
là, c'est à plusieurs manifestations
par jour qu'on assiste.
À
quelques jours du 11 décembre, tous les syndicats
annoncent un par un qu'ils participeront à
des actions le 11 décembre. S'ils frappent
tous le même jour, ils ne frappent pas ensemble.
Encore une fois, il y a la CSN d'un côté
et tous les autres de l'autre. Ce jour là,
la FTQ réussi le tour de force, en bloquant
les quatres principaux ports québécois
et l'accès routier aux principales "régions
ressources", à voler la vedette en mobilisant
vingt fois moins de monde que la CSN lors d'une journée
d'action CSN! Toute cette mobilisation n'aura toutefois
pas fait reculer le gouvernement qui propose, le 15
décembre, le bâillon pendant que 3000
à 4 000 syndiquéEs manifestent bruyamment
à l'extérieur du parlement. Ce sera
la seule vraie manifestation nationale de front commun
syndical. Ensuite, viennent quelques escarmouches
finales, puis le long congé des fêtes.
Chassez
le naturel
En
plein milieu du temps des fêtes, Henri Massé
fait un enterrement de première à l'idée
d'une grève générale contre les
politiques de Charest. Le même qui parlait de
"pouvoir ouvrier" le 15 décembre
devant le parlement argue maintenant qu'une grève
générale est impossible parce que la
FTQ se ramasserait avec des centaines de poursuites
sur le dos... En lieu et place d'un appel à
la résistance syndicale, Massé en appel
à un retour du "dialogue social".
Début janvier, Massé avait des "rencontres
privées" avec Charest dont le ministre
du Travail annonçait peut de temps après
la hausse du salaire minimum. Négociations
secrètes? Réconciliations? Dur à
dire. Henri Massé n'a jamais été
un chaud partisan de la mobilisation et des rapports
de force. Ce n'est que poussé par sa base qu'il
a osé se mouiller. D'ailleurs, ce n'est pas
tant la FTQ qui s'est mobilisée que ses plus
importants syndicats du secteur public: le SCFP (à
la pointe des actions radicales) et le SQEES. Et puis,
la trame de fond de la mobilisation n'avait rien pour
nous rassurer (appel constant au "dialogue et
à la paix sociale"). Les bureaucrates
sont allés au front à reculons, c'est
clair. Il faudra sans doute attendre de voir ce que
les autres syndicats auront à proposer, et
surtout ce que la base en pensera, pour savoir si
le mouvement va rebondir ou si ça n'aura été
qu'un feu de paille.
