Quels
impacts auront les plans de Charest de réingénerie
de l’État sur les (im)migrantEs, réfugiéEs
et sans-statut au Québec ? La réelle
logique de cette réingénierie, qui prétend
réduire le rôle de l’État
en éliminant le soutien et les services publics
pour les gens dans le besoin tout en conférant
à l’État davantage de pouvoir
sur les gens et en facilitant leur exploitation, est
depuis longtemps présente dans les politiques
d’immigration des gouvernements québécois
et canadien.
La
ministre des Relations avec les citoyens et de l’Immigration,
Michelle Courchesne, demande une consultation sur
le nombre d’immigrantEs qui devraient être
reçuEs et intégréEs par le Québec
au cours des trois prochaines années. Ce projet
débutera le 10 février 2004. Dans un
document intitulé Consultation 2005-2007: La
planification des niveaux d’immigration, remis
à l’assemblée nationale le 9 décembre
2003, Courchesne discute de l’importance de
l’immigration comme «outil de développement»i.
On y affirme qu’il y aura plus de 640 000 emplois
à combler entre 2002 et 2006. Le document demande
comment attirer des immigrantEs «idéaux»
à un rythme adéquat, de façon
à assurer un apport de main d’oeuvre
comblant ces postes (les immigrantEs «idéaux»,
selon ce même document, sont «jeunes,
polyvalents, qualifiés, ont des enfants et
connaissent déjà le français»ii).
Pour
le gouvernement du Québec, les immigrantEs
sont très clairement des outils pour le développement
économique, qui pro-fiteront à la bourgeoisie
québécoise. Bien que le gouvernement
utilise un jargon néo-libéral de restructuration
gouvernementale, il attribue en fait une somme grandissante
d’argent à la réglementation et
au contrôle du nombre de personnes auxquelles
il sera permis de s’établir ici. Ainsi,
des fonds seront versés dans ce processus de
consultation en février. On se demandera, en
fonction d’objectifs de développement
économique, si l’afflux d’immigrantEs
pour les trois prochaines années doit être
revu à la hausse, à la baisse ou laissé
fixe. C’est ce qu’on appelle le contrôle
démographique pour le profit....
Bien
entendu, les travailleurEs (im)migrantEs sont particulièrement
vulnérables à l’exploitation,
à la précarité d’emploi
et à des conditions de travail inadéquates.
Bon nombre d’immigrantEs sont sélectionnéEs
par le Québec selon des critères évaluant
leur employabilité dans des secteurs professionnels
et des secteurs où il y a pénurie d’individus
spécialement formés. Cependant, même
le MRCI admet qu’il soit fréquent que
des gens arrivant au Québec soient incapables
de trouver un emploi dans leur domaine. Ceci est le
résultat de la non-reconnaissance des qualifications
ou d’une flagrante discriminationiii. Ces gens
finissent par occuper des emplois mal payés
et non-reliés à leur formation.
De plus, un grand nombre de personnes ayant fait le
choix difficile de quitter leur pays, leurs familles
et leurs vies pour chercher refuge au Canada ou au
Québec se retrouvent sans statut de résidant
permanent. Le gouvernement, par l’entremise
de Revenu Canada, contrôle ces gens en leur
imposant un numéro d’assurance sociale
commençant par le chiffre neuf et indiquant
également la date prévue pour le départ
du pays. Le chiffre neuf avertit les employeurEs potentielLEs
que les détenteurEs de ces numéros sont
des travailleurEs «temporaires». Conséquemment,
les employeurEs sont dissuadéEs d’engager
des migrantEs sans-statut pour des emplois stables
et à long terme.
Ce
phénomène s’enracine dans un contexte
où les sans-statut et nouveaux immigrantEs
se voient refuser l’accès aux services
sociaux qui aident les gens ayant un emploi précaire
à survivre. Ces personnes ont un accès
limité au système de santé publique,
n’ont pas droit aux subventions de garderie
et, lorsqu’elles désirent étudier
aux niveaux collégial ou universitaire, des
frais de scolarité exorbitants sont exigés.
Ceci rend l’éducation post-secondaire
pratiquement impossible. Il est bien connu que plusieurs
personnes sans-statut n’ont simplement pas accès
à l’assistance sociale. De plus, bien
que certaines personnnes sans-statut soient, en théorie,
éligibles à cette forme d’aide,
les gens faisant une demande de résidence permanente
savent bien qu’il est pratiquement impossible
d’y avoir droit. Ainsi, les sans-statut subissent
une pression énorme pour accepter n’importe
quel emploi, c’est-à-dire peu rénuméré,
dangereux ou sans aucun rapport avec leur formation
professionnelle.
Pendant
que le gouvernement libéral coupe dans les
services publics offerts tant aux citoyenNEs qu’aux
résidentEs permanentEs et aux sans-statut,
il n’annonce aucune coupure dans le budget du
département de sélection du ministère
de l’immigration qui a comme tâche de
recruter des immigrantEs idéaux et de mesurer
leur potentiel d’intégration. Au niveau
fédéral, un nouveau ministère
de la Sécurité publique et de la protection
civile s’est vu attribué la responsabilité
de la surveillance et du contrôle des frontières.
C’est à ce ministère que reviennent
aussi les tâches de déportation des (im)migrantEs
qui auront été jugéEs insuffisamment
intégréEs, souvent parce qu’ils
ou elles n’ont pas trouvé d’emploi,
ont reçu de l’assistance sociale, ne
parlent pas assez bien le français, ou parce
qu’ils ou elles portent le hijab ou prient dans
une mosquée.
Ce
cycle de précarité est perpétué
par l’élite économique et politique
qui profite de ce contrôle des mouvements de
la main d’oeuvre immigrante. Toutefois, les
organisations de soutien aux travailleurEs immigrantEs,
les groupes de réfugiéEs et de sans-statut
du Québec et du Canada, tel que le comité
d’action des Algériens sans-statut, la
coalition contre le déportation des réfugiés
palestiniens et le Action Committe Against the Racial
Profiling of Pakistani Refugees, luttent pour leur
statut. Ces groupes dénoncent publiquement
leur exploitation en tant que classe d’esclaves,
ainsi que les processus de selection mercenaires et
racistes du MRCI et d’Immigration Canada. À
mesure que la lutte contre le gouvernement Charest
se développe, nous devons éxiger que
l’État soit VRAIMENT modernisé
en éliminant ces bureaucraties et ces polices
de l’immigration et en ouvrant les frontières.
