Dans
cette vaste opération de démolition
sociale qu’il est maintenant convenu d’appeler
la « réingénierie de l’État
«, l’habitation et le logement font partie
des secteurs gravement affectés. Déjà
qu’on savait, avec l’aggravation rapide
de la crise du logement depuis 2001, que ça
va plutôt mal pour les locataires, tout indique
que si rien n’est fait pour renverser la vapeur,
la situation n’ira qu’en s’empirant.
Il
faut se rappeler qu’avant les élections,
les libéraux avaient affirmé qu’ils
entendaient geler tous les budgets du gouvernement,
sauf de la santé et de l’éducation.
L’habitation ne fait évidemment pas partie
de ces deux secteurs. Le fait de ne pas injecter d’argent
dans ce domaine, à un moment où les
locataires sont de plus en plus démunis dans
un marché complètement inflationniste,
équivaut à laisser ces derniers à
la merci de propriétaires excités par
la perspective de profits sans cesse plus grands.
Rappelons rapidement les faits : on estime qu’il
manque plus de 23 000 logements pour atteindre un
taux d’innocupation plus « équilibré
« autour de 3%, plus de 218 000 ménages
paient plus de 50% de leur revenu pour se loger et
au moins 17 500 personnes sont en attente d’un
HLM dans la seule région de Montréal.
Pourtant,
depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement
libéral n’a fait qu’adopter des
mesures qui aggravent encore plus la situation. Ainsi,
le budget d’entretien des habitations à
loyer modiques a été coupé de
plus de 25 %, ce qui veut dire que bon nombre de ces
immeubles, qui sont souvent déja assez vieux,
risquent de se détériorer encore davantage.
Plus grave encore, un investissement de 128 millions
de dollards dans le logement social effectué
dans le budget du PQ en mars 2003 a été
tout simplement annulé. Au lieu de s’attaquer
au coeur du problème en construisant de nouveaux
logements, l’équipe Charest tente de
faire passer la pilule en investissant un ridicule
10,7 millions. De l’argent qui servira presqu’exclusivement
à des mesures d’urgence pour les centaines
de ménages qui se retrouvent à la rue
bon an mal an au 1er juillet.
Pire
encore, l’équipe libérale n’a
fait aucune annonce concernant la construction de
nouveaux logements sociaux, un élément
fondamental pour en finir avec ce problème.
Tout au plus s’engage-t-on à respecter
les ridicules engagements du PQ, (13 500 logements
sur cinq ans, une promesse qu’on a finalement
ramenée à 11 000) - mais on ne s’engage
à absolument rien pour la suite. Et comme si
ce n’était pas assez, on apprenait à
la mi-février que près de 3000 locataires
à qui on avait offert un supplément
au loyer d’urgence pour qu’ils se trouvent
un appartement lors des crises du 1er juillet 2001,
2002 et 2003 perdront cette aide précieuse
le 1er juillet 2004. On peut donc s’attendre
à voir toutes ces personnes qu’on avait
aidé à se sortir de la rue lors des
trois dernières années y retourner illico
presto. On espère pour eux et elles que tout
comme le Parti libéral « ils y sont prêts!»
Le
rôle de l’État au Québec
: l’exemple de la Régie du logement
Quand
on parle de réingénierie de l’État
ou du rôle de celui-ci au Québec, on
ne fait pas seulement référence à
des concepts creux qui ne veulent rien dire, mais
à des personnes et des situations bien concrètes.
En prenant l’exemple de la Régie du logement,
un tribunal administratif de l’État qui
théoriquement est neutre et objectif, cette
évidence nous saute aux yeux. Si vous avez
suivi les débats dans l’actualité,
vous avez certainement entendu à quelques reprises
des représentants des associations de propriétaires
critiquer ouvertement la Régie du logement.
À les entendre, cette dernière ne serait
qu’une parodie de tribunal au service des locataires,
dont les juges et employés seraient autant
de clones de François Saillant. Pourtant, quand
on y regarde de plus près, en consultant par
exemple le rapport annuel que la régie publie
chaque année, on se rend compte que la réalité
est tout autre.
Alors
que les propriétaires affirment que le prix
des loyers ne devrait être soumis qu’à
la loi de l’offre et la demande, on constate
qu’ils sont à l’origine de 95%
des demandes de fixation de loyer, à savoir
13 284 des 13 982 demandes de ce type. Sur une période
de 4 ans, on constate que les demandes de fixation
de loyer émanant des propriétaires ont
bondi d’un spectaculaire 416%. «On n’en
veut plus, mais on en demande 4 fois plus» disent
finalement les propriétaires. Ceci indique
clairement qu’au lieu de s’entendre à
l’amiable avec leurs locataires sur le prix
des loyers, les propriétaires s’entêtent
de plus en plus à les augmenter.
Les
locataires ne savent plus quoi faire
En
regardant les chiffres publiés dans ce rapport,
on constate que les locataires sont de plus en plus
démunis face à l’actuelle loi
sur le logement. La demande de résiliation
de bail par exemple, est un recours qui s’offrait
régulièrement à eux par le passé.
Sauf qu’à quoi bon résilier son
bail si on ne peut plus trouver un appartement de
rechange? Ce n’est donc pas une surprise de
constater que les recours en résiliation introduits
par les locataires ont diminué de 51% depuis
2 ans (total de 602 en 2003) et que le même
recours effectué par les propriétaires
a augmenté de 74% sur 2 ans (5620 en 2003).
En dernière instance, les locataires qui décident
de partir sans payer - déjà qu’ils
étaient une infime minorité - sont de
moins en moins nombreux puisqu’on constate que
les causes liées au déguerpissement
ont diminué de 62% sur une période de
4 ans (2139). Cela nous indique donc que même
dans une situation extrême, les locataires choisissent
de plus en plus de conserver leur logement, sans doute
de peur d’être incapables d’en trouver
un autre.
Comme
nous le disions plus haut, alors qu’on entend
toujours le même refrain, à savoir que
la régie du logement est « vendue «
aux locataires, on voit bien vite que la régie
sert surtout à mettre les locataires à
la rue. En effet, à la grandeur du Québec,
c’est 34 400 demandes de résiliation
de bail qui ont été faites par les locataires
et pratiquement autant de personnes qui auront perdu
leur appartement. Autre phénomène inquiétant:
les demandes pour reprise de logement ont atteint
un sommet à 2 055, une hausse de 152% sur les
deux dernières années et de 266% sur
2 ans. Par ailleurs, la régie ne semble même
pas « gênée» de dire que
les causes de recouvrement-résiliation sont
entendues dans un délai de 40 jours et que
les causes « civiles» dans un délai
moyen de 100 jours. C’est donc dire que les
locataires attendent en général 2 mois
de plus que les propriétaires pour la majorité
de leurs demandes.
Après
lecture de toutes ces données, est-ce qu’il
se trouve toujours quelqu’un pour affirmer que
la Régie du logement est « vendue»
aux locataires? Et surtout, est-ce qu’ils s’en
trouvent encore pour penser que la réingénierie
de l’État se fait pour le bien de l’ensemble
de la population, dont plus de 60% est locataire dans
les grands centres urbains? La situation dramatique
dans le secteur de l’habitation nous montre
une fois de plus que Charest ne gouverne que pour
ses petits copains les riches et les propriétaires
et que le droit à la propriété
privée entre en contradiction complète
avec le droit au logement.
