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La Réingénierie de l’État et la «Révolution du gros bon sens » en Ontario : Quelques leçons pour mieux lutter

La paix sociale est terminée !

Besoin vital, assaut né-eau-libéral

Ça va mal pour les locataires !

Le Centre-Sud en quelques chiffres

Des projets de loi contre les femmes

Moderniser l’État en ouvrant les frontières !

Un État au service du patronat

La bataille syndicale contre charest

La « réingénierie de l’État » de Charest n’est nul autre qu’une nouvelle manière de décrire la guerre contre les pauvres. C’est la même guerre qui se mène partout au Canada et dans le monde entier. Ce qui se passe au Québec en ce moment est une répétition de ce qui arrive en Colombie-Britannique sous le régime libéral de Gordon Campbell et de la « Révolution du gros bon sens » qui s’est abattue sur les pauvres et les travailleur-se-s ontarien-ne-s depuis les 10 dernières années. On appelle ça la « mondialisation » ces jours-ci, mais Paul Martin parle de « responsabilité fiscale » et Brian Mulroney aimait utiliser le terme « libre-échange ». Ça pourrait aussi s’appeler le « Thatcherisme » ou la « Réganomie », si on veut reculer si loin que ça dans le temps. On parle de gouvernements de droite qui acculent les pauvres et les travailleur-se-s, qui sucent chaque cenne qui leur reste dans les poches pour les mettre dans celles des riches qui les financent. Même merde, nouvelle saveur.

Ça a pris du temps à arriver au Québec, pleinement et ouvertement, mais ça y est, nous y sommes et nous devons lutter, maintenant et fort, car ils n’arrêteront pas. Ils n’arrêteront pas jusqu’à ce qu’ils aient pris nos dernières cennes, et pour certainEs d’entre nous, jusqu’à ce qu’ils nous aient volé nos vies. Ils ne seront pas amadoué par des leçons de moral et l’éthique, ils ne seront pas convaincus, ils peuvent seulement être combattus. Et si nous allons les confronter efficacement, il faut que l’on apprenne de ce qu’ils ont déjà fait ailleurs.

Le 8 juin 1995, le gouvernement conservateur de Mike Harris s’est fait élire en Ontario sous la bannière « La révolution du gros bon sens » (Common Sense Revolution). Leur promesse était d’offrir une baisse d’impôts sur le revenu de 30%. Ils l’ont fait. Les citoyen-ne-s les plus riches de l’Ontario sont devenu-e-s dramatiquement plus riches, alors les travailleur-se-s moyen-ne-s ont vu peut-être 200$ de plus sur leur paye par année. Les Conservateurs de Harris ont réussi à baisser les impôts en imposant des milliards de dollars en coupures budgétaires dans les services, l’aide sociale, le logement et la fonction publique. Et la province s’est retrouvée massacrée.

À travers la province, des écoles et hôpitaux ont été fermés. Le personnel de première ligne a été réduit à des miettes. Les syndicats d’enseignant-e-s et d’infirmier-e-s se sont battu férocement, mais ont été divisés et écrasés. Évidemment, pendant que ces services étaient guillotinés, l’État dépensait plus que jamais dans la police et la construction de nouvelles méga-prisons, pour pouvoir contrôler les pauvres de plus en plus nombreux-ses. Le gouvernement a introduit des lois du travail conservatrices qui ont encouragé les employeurs à avoir recours à des scabs pour briser les grèves, a changé des lois sur la santé et la sécurité ainsi que des lois sur le travail agricole résultant en une augmentation massive des cas de blessures sur les lieux de travail et finalement, a instauré officiellement la semaine de travail de 60 heures. La dernière fois que l’Ontario a possédé une semaine de travail de 60 heures était dans les années 1800 et était légiféré sous « l’Acte du maître et du serviteur » (Master and servant act). Les frais de scolarité post-secondaires ont augmenté de 70% et les programmes professionnels (comme le Droit) ont été déréglementés causant des hausses allant jusqu’à 700%. Des coupures monstrueuses ont été faites dans le logement et le bien-être social : le logement social a été radicalement fauché et le contrôle des loyers a été complètement aboli en Ontario. Peux-tu, même une seconde, imaginer ça au Québec ? Le loyer moyen en Ontario était de 836$ en 2002 – et bien plus dans les grandes villes comme Toronto. L’aide sociale a été coupée de 22%, puis gelée. En prenant l’inflation des dix dernières années en ligne de compte, ça signifie en fait des coupures de 40%. À Toronto, les personnes sur l’aide sociale ne peuvent tout simplement pas le loger, à peine se nourrir. Le workfare a forcé les personnes bénéficiant de l’aide sociale, incluant les mères et pères mono-parentales et les personnes vivant avec un handicap, à bosser dans des lieux de travail contrôlés par le gouvernement (souvent en partenariat avec des industries privées) dans des conditions esclavagistes. Des lois spéciales ont interdit aux travailleur-se-s de se joindre à ou de démarrer des syndicats.

Tout ça n’est que la pointe de l’iceberg, que quelques statistiques. La véritable histoire est à propos de la mort. À Walkertown, des milliers de personnes ont été empoisonnées au E.coli dans leur eau potable. Sept personnes, peut-être plus, en sont mortes. Le traitement et le contrôle de qualité de l’eau avait été privatisés par le gouvernement conservateur. Kimberly Rogers est morte dans son appartement à Sudbury en août 2001. Elle était enceinte et confinée à sa résidence pendant une vague de chaleur. Elle était assignée à domicile (under house arrest) (et s’était fait retirer l’aide sociale) pour une « fraude de l’aide sociale » - elle avait reçu des prestations tout en allant à l’école. En septembre 1995, un autochtone activiste non-armé Dudley George était assassiné par la Police provinciale ontarienne qui avait envahi le territoire autochtone du parc national de Ipperwash. Les ordres de déloger les combattants autochtones avec une force extrême sont provenus des plus hauts niveaux du gouvernement provincial. Et dans les rues de Toronto et de d’autres villes ontariennes, des centaines de personnes sont mortes, ont été forcées de quitter leur appartement, forcées de quitter les centres d’hébergement pour sans-abri surpeuplés à cause de la violence et la tuberculose, battues dans les ruelles par la police et laissées là à mourir de froid. L’horreur de ce qui est arrivé aux pauvres en Ontario pendant les dix dernière années ne peut pas être décrite facilement.

Ce qu’on vient juste de décrire est ce qui se passe en ce moment en Colombie-Britannique et c’est précisément ce que Charest mijote pour les quatre prochaines années. On s’est battu contre cette attaque envers les travailleur-se-s et les pauvres en Ontario, tout comme on se bat ici. Ce qui se passe au Québec en ce moment a déjà été vécu en Ontario. Les centrales syndicales des secteurs publiques et privés, réunis sous la bannière de la Fédération ontarienne du travail (Ontario Federation of Labour), avaient organisé une contre-attaque massive à l’échelle provinciale contre le gouvernement conservateur. Des “Journées d’actions” (Days of Action) et des grèves générales d’un jour ont pris d’assaut et perturbé des villes entières à travers l’Ontario, et ce, dans la lancée d’actions qui ont amené des milliers de personnes dans les rues. C’est de vivre une expérience incroyablement puissante que de se retrouver au milieu d’une foule de 3 million de personnes qui scandent “grève générale!”. Mais, ça n’est pas arrivé. Une lutte de pouvoir se tramait au sein de la Fédération ontarienne du travail (OFL) - une lutte entre les syndicats qui voulaient une grève générale provinciale (mené par le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) et les Travailleur-se-s canadien-ne-s de l’automobile (TCA)) et les syndicats plus “modérés” (menés par les Métalos) qui voulaient concentrer leurs efforts sur les prochaines élections et s’assurer de la victoire du Nouveau parti démocratique (NPD)). Les “modérés” ont gagné la bataille. Les “Journées d’actions” ont viré au rien et les syndicats sont rentrés chez eux.

Mais, tout ça ne s’est pas fait si facilement, par contre: des travailleur-se-s fort-e-s et militant-e-s, issu-e-s de divers secteurs et qui s’étaient politisé-e-s durant les Journées d’actions ont continué à faire pression pour une grève générale. Mais une campagne de récupération bien montée a réussi à éliminer les comités exécutifs de différents syndicats jugés trop radicaux, s’assurant ainsi que les bureaucrates syndicaux puissent reprendre le contrôle. On se demande bien ce que tout ça a bien pu accomplir, puisque les conservateurs ont une fois de plus gagné aux élections, cette fois-ci avec une grande majorité, et le NPD a été écrasé.

Ceci pourrait bien ressembler au cours des événements qui auront lieu dans la lutte anti-Charest au Québec. Le mouvement syndical semblait bien fort et militant en décembre, mais ça ne prend pas beaucoup d’imagination pour penser que la FTQ et la CSN décideront d’appuyer le PQ lors des prochaines élections au lieu de concentrer leur énergie à se battre contre Charest dans les rues. Réélire le PQ serait tout sauf une solution. Le gouvernement libéral actuel de l’Ontario ne met aucun effort pour renverser les coupures des conservateurs - il en ajoute à sa propre sauce. Un gouvernement du PQ ne viendra pas soigner les blessures infligées par Charest dans cette province; ce n’est tout simplement pas dans leur intérêt. Pour faire en sorte que ceux au pouvoir nous prennent au sérieux et pour que nous ayons une voix réelle, nous devons nous battre contre eux, et non pas voter pour eux.

En Ontario, le 15 juin 2000, la Coalition ontarienne contre la pauvreté (Ontario Coalition Against Poverty, OCAP) s’est rendue devant la législature provinciale avec une manifestation pour dénoncer les effets néfastes qu’a eu “la Révolution du gros bon sens” sur les pauvres. On leur a interdit le passage et il s’en est suivi deux heures de bataille avec la police sur le terrain de Queen’s Park. C’était le début du retour en force d’une contre-attaque puissante et énergétique contre le gouvernement conservateur, mais ce fut trop peu, trop tard. L’esprit de militantisme qui avait tant animer les foules de travailleur-se-s, prêt-e-s à perturber la province en entier quatre ans plus tôt, avait été brisé. Au Québec, nous devons absolument nous assurer que la même chose ne se reproduise pas. Quand le mouvement syndical commencera à vendre ses membres les plus radicaux, ce qui se produira quasi-inévitablement, nous devons être là. Nous devons être prêt-e-s à travailler et à se battre avec elles et eux, et surtout, nous devons être prêt-e-s à faire capituler ce gouvernement. La paix sociale est terminée! Ce gouvernement doit être renversé.